Alors que nous nous préparons pour l’institut d’été de formation des maîtres, rencontrons certaines instructrices de l’année dernière. En juillet 2018, nous avons en effet interviewé Rhoda Ezekiel, Vinnie Baron, Louisa Thomassie, Quppia Kaitak et Caroline Inukpuk. Elles nous ont parlé de leur rôle d’instructrices et nous ont fait part de l’importance pour elles de cette communauté d’éducateurs inuits au cours des années. Nous rencontrons aujourd’hui Quppia Kaitak.

Relations Publiques : Dites-nous-en un peu plus sur vous…
Quppia Kaitak : Je m’appelle Quppia Kaitak et je suis originaire de Salluit.

RP : Que faites-vous à la commission scolaire?
QK : Je suis au service de la commission scolaire depuis 19 ans maintenant. Mon fils n’a même pas encore cet âge-là! J’aime travailler avec les enfants et j’ai enseigné de la première à la quatrième année. J’ai aussi occupé un poste de conseillère en formation des maîtres pendant quelque temps. En février 2018, j’ai été nommée directrice adjointe de l’école Pigiurvik de Salluit. C’est un rôle que j’aime beaucoup!

RP : Dans le cadre de l’institut d’été, vous donnez le cours EDEE 325 Children’s Literature en compagnie de Louisa Thomassie et vous êtes aussi consultante pour l’Université McGill. Quel est le sujet de ce cours?
QK : Nous étudions les livres pour enfants dans le but de comprendre comment les histoires sont élaborées, de sorte que les enseignants puissent préparer des activités pour leurs élèves. Nous faisons appel au modèle de pyramide à 5 niveaux de Gustav Freytag pour analyser les histoires et déterminer les sujets ou thèmes clés pouvant servir de base aux activités d’apprentissage créées par les enseignants. Les livres en inuktitut qui nous servent de ressources ne sont d’ailleurs pas classés par âge ou par niveau scolaire. Pendant le cours, nous proposons un ensemble de critères dont peuvent se servir les enseignants pour déterminer le type de lecture le mieux adapté à leurs élèves.

RP : Que souhaitez-vous que les enseignants retiennent de ce cours?
QK : Je veux qu’ils aient confiance dans les connaissances acquises pendant ces deux semaines. Les histoires constituent un outil d’apprentissage puissant et des plus fascinants. Je veux que les enseignants s’amusent avec ce qu’ils ont appris, qu’ils soient à l’aise d’essayer de nouvelles choses avec leurs élèves en classe.

RP : Comment en êtes-vous venue à participer au programme de formation des maîtres?
QK : Et bien à titre d’enseignante, j’ai d’abord bénéficié du programme en suivant les cours dont j’avais besoin pour obtenir, en 2003, mon brevet d’enseignement ainsi qu’un certificat en éducation de l’Université McGill. Je poursuis à présent un baccalauréat en éducation, toujours à l’Université McGill. Je participe aussi au programme de formation des maîtres en tant qu’instructrice. J’ai jusqu’à maintenant donné trois cours différents. Pour le semestre actuel, j’ai choisi d’enseigner au lieu de suivre un cours à titre d’étudiante. Le cours de leadership m’intéressait, mais je suis vraiment passionnée par les livres pour enfants. C’est pourquoi j’ai communiqué avec l’équipe de la formation des maîtres lorsque j’ai appris qu’elle recherchait une instructrice pour le cours de littérature pour enfants.

RP : Tu as choisi d’enseigner au lieu de suivre un cours dont tu as besoin pour obtenir ton baccalauréat en éducation?
QK : Oui! Les histoires et les livres pour enfants sont ma passion! Je ne voulais surtout pas manquer l’occasion d’enseigner ce contenu passionnant! L’enseignement consiste à partager des connaissances, ce qui fait vraiment grandir une personne! Tout ce que j’ai appris avec le temps est fondé sur ma passion pour l’éducation. C’est pourquoi j’ai choisi d’être instructrice cet été. Je crois aussi qu’il est important de s’appuyer sur les choses qui nous passionnent pour accroître notre confiance en tant qu’enseignant.

RP : Quel a été votre moment préféré pendant le cours que vous avez donné l’été dernier?
QK : J’ai vraiment adoré lorsque nous avons échangé nos pratiques d’enseignement. Lorsque la confiance s’installe entre les participants au sein d’un espace sécuritaire, nous pouvons vraiment apprendre les uns des autres. Je suis vraiment heureuse lorsqu’une personne se sent à l’aise de partager, d’accepter des commentaires et de réfléchir sur ses pratiques pour les ajuster. Pour moi, la vie c’est cela, un apprentissage permanent!

RP : Quel genre de préparation avez-vous dû faire avant le cours à titre d’instructrice?
QK :  La préparation d’un cours est un bon exercice de recyclage. Il faut en effet revoir des notions que nous connaissons mais que nous n’utilisons pas dans notre enseignement quotidien. J’apprécie le fait que cela me fasse réfléchir sur mes pratiques d’enseignement. C’est quelque chose d’important mais je ne prends pas nécessairement le temps de le faire quand je suis prise dans ma routine quotidienne. La collaboration avec les autres instructeurs et les consultants de McGill constitue aussi une expérience intéressante. Nous avons en effet tous nos propres méthodes et points de vue; trouver des moyens de travailler en harmonie est donc un défi stimulant. Je conseille à tous les enseignants de communiquer avec l’équipe de la formation des maîtres s’ils voient un cours qu’ils aimeraient donner. Il suffit de foncer, cela en vaut vraiment la peine.

RP : Vous avez participé au programme de formation des maîtres pendant de nombreuses années; de quoi avez-vous bénéficié le plus?
QK : Je pourrais parler de bien des choses, mais du point de vue personnel et professionnel, je crois que les cours sur l’identité inuite et sur l’adolescence et l’éducation m’ont beaucoup influencée lorsque je les ai suivis. Le moment était tout à fait propice alors, dans mon cheminement. Ils m’ont aidée à améliorer ma confiance en moi, à réaliser qui j’étais, de sorte que j’ai pu poursuivre mon évolution.

RP : Avez-vous conservé votre motivation à titre d’éducatrice?
QK : Je me sens vraiment à la bonne place lorsque j’apprends. Je veux continuer à acquérir des connaissances grâce à mes pairs, à voyager et à apprendre des autres. L’apprentissage est un processus en constant mouvement. Je ne suis pas la propriétaire des connaissances que j’acquiers: elles passent par moi puis je les transmets à mes élèves et à ma communauté, afin que ces connaissances puissent continuer à se développer à travers d’autres personnes.

Je suis une pionnière et je trace ma propre voie. D’autres personnes peuvent marcher dans mes pas, comme elles peuvent suivre leur propre chemin. Tout ce que j’espère, c’est de pouvoir inspirer d’autres personnes à aller jusqu’au bout de leurs rêves. Quand on me regarde, j’aimerais que l’on dise de moi : « Si elle peut le faire, je peux aussi le faire! » Je souhaite que tous les Inuits se tiennent debout et qu’ils accomplissent ce qu’ils veulent vraiment. C’est là toute ma motivation!

RP : Quel conseil auriez-vous pour la prochaine génération de Nunavimmiut qui envisage une carrière dans l’enseignement?
QK : Nous avons vraiment de bonnes conditions de travail, avec de longues vacances d’été! Nous travaillons dur, mais cela en vaut la peine. De voir les enfants apprendre et grandir, c’est gratifiant. En fait, ça n’a pas de prix!

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