Article rédigé par Jenny McManus

Au moment où les fragrances de tangerine s’échappent du diffuseur, le rythme de tambour nous rassemble autour du tapis. Nous célébrons de début de la journée en improvisant un chant de type ayaya pour souligner les subtils changements de la nature, notamment le soleil qui brille plus fort par la fenêtre, pour reconnaître les efforts et les réalisations des élèves et pour raffermir leurs souvenirs. Rayonnant de fierté, les élèves frappent des mains au nombre d’étoiles obtenu ce matin pour avoir satisfait aux exigences fondées sur les valeurs de notre école, à savoir le respect (susutsaniq), l’unité (tatiqatigiiniq), l’harmonie (saimautiniq) et la vision (tukimuatsianiq).

Chaque matin en nous réunissant en cercle, nous nous rappelons d’être ouverts et à l’écoute, de nous serrer les coudes, d’aller en paix et d’avoir de grands rêves en regardant les affiches au mur, que nous avons fabriquées ensemble, et les gestes de réorientation silencieuse ainsi que les petites cartes à retourner pour indiquer un comportement imprévu. Au mur, une couleur distincte est attribuée à chaque élève, pour indiquer son nom, le nombre d’étoiles obtenu et les preuves d’apprentissage. Dans le Saimautivik, les élèves obtiennent un sens d’appartenance qui alimente l’amitié, l’empathie et la croissance.

 

Le local Saimautivik, ou de l’harmonie, est un espace social et émotionnel réservé à l’apprentissage à l’école Pitakallak de Kuujjuaq. Sous la gouverne de Jenny McManus, enseignante pour les Écoles compatissantes, ce local sert de fondation à un groupe de soutien, à des groupes favorisant le développement d’aptitudes sociales et à des activités parascolaires. Les groupes de soutien favorisent les interventions inclusives pour les élèves désignés par le profil Boxall (outil d’évaluation en ligne visant à mesurer les difficultés sociales et comportementales des enfants et des jeunes gens) comme souffrant d’un retard de développement social, émotionnel et comportemental. Souvent, ces élèves ont de la difficulté à s’épanouir dans une classe ordinaire parce qu’ils ne se comportent pas correctement ou s’isolent. En peu de temps, les élèves font des gains appréciables en matière de développement grâce aux éléments suivants : sécurité des tâches routinières et prévisibles, adultes compatissants qui fournissent de bons modèles de relations positives, attentes clairement et mutuellement établies, partage de nourriture, possibilité d’activités d’alphabétisation et de numératie pratiques et théoriques et activités favorisant un développement approprié. Les interventions ciblées soutiennent la croissance et les changements à l’échelle de l’école grâce aux outils que favorisent les Écoles compatissantes et les services complémentaires, notamment : zones de réglementation, compétences fondamentales de transformation, exercices de respiration et de centrage visant à éliminer le stress et autres méthodes stratégiques axées sur les traumatismes.

Les enseignants, les familles ainsi que les élèves y partagent des anecdotes portant sur une confiance accrue, des cercles sociaux élargis et l’amélioration du succès scolaire. Depuis l’introduction de ce type d’interventions en milieu d’année scolaire, les données du système SWIS (système d’information à la grandeur de l’école) indiquent que les signalements en raison de problèmes de comportement ont diminué de moitié. Saimautivik rassemble les enseignants et le personnel de soutien et leur offre des pratiques éprouvées pour soutenir les élèves dans le besoin et faire l’essai de nouvelles orientations en matière d’enseignement.

Faisant partie des valeurs inuites traditionnelles, l’harmonie favorise la paix entre les personnes et l’établissement d’accords quant aux idées tout en remplaçant le conflit par la compréhension. L’harmonie permet aussi de percevoir l’harmonie des couleurs et de la lumière dans la pièce, l’euphonie du son du tambour est des chants ayaya, le mélange des textures et des fragrances. L’esthétique sociale de l’harmonie se concrétise par le biais de l’environnement soigneusement conçu et des matériaux choisis.

Auparavant, ce local inutilisé accumulait mobilier et fournitures disparates; les élèves s’y cachaient aussi pour échapper à leurs responsabilités. Grâce aux transformations apportées au local, ce dernier remet en question le concept traditionnel de la classe et le rôle de l’enseignant, à savoir des rangées de bureaux découlant des chaînes d’assemblage de l’ère industrielle alignées devant le gardien des connaissances.

Une classe peut être chaleureuse et accueillante, espace hybride entre l’école et la maison où il fait bon se rassembler et se calmer, où se trouvent des tables pour partager un repas ou réaliser des projets collectifs et des espaces pour manipuler divers éléments. Les brillantes couleurs de Saimautivik incitent au jeu et à la créativité tout en favorisant les activités quotidiennes, les études sérieuses dans la concentration et l’indépendance des enfants en leur donnant l’espace et les orientations nécessaires à leur propre apprentissage. Nous espérons développer nos méthodes de manière critique en partageant nos succès avec d’autres avec l’espoir de recruter plus de personnes souhaitant apporter l’harmonie dans nos écoles et nos communautés.

 

 

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