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Plus de livres en inuktitut dans les classes du Nunavik

2026 | 04 | 28
Histoires

Au Nunavik, il est clair depuis longtemps que les élèves manquent de livres en inuktitut qui sont culturellement pertinents. Kativik Ilisarniliriniq s’est donc associée à la maison d’édition Arvaaq Press du Nunavut pour adapter 50 livres destinés aux jeunes apprenantes et apprenants. Ces efforts visent à fournir davantage de matériel pédagogique qui représente la langue et la réalité des élèves.

Un besoin de littératie bien réel dans les classes du Nunavik

C’est un défi que le personnel enseignant du Nunavik connaît très bien. Bien qu’il soit relativement facile de trouver du matériel en anglais et en français, les ressources en inuktitut, qui reflètent la culture, le quotidien et la langue maternelle des élèves, demeurent beaucoup plus rares.

Phoebe Chang, agente de développement de l’alphabétisation au Centre de ressources de Kativik Ilisarniliriniq, et Vinnie Baron, conseillère pédagogique pour les Services éducatifs de KI, ont été des témoins de premier plan de cette lacune. Avant d’occuper son poste actuel, Vinnie a enseigné l’inuktitut langue maternelle pendant plus de 20 ans à Kangiqsualujjuaq. Dans ce rôle, elle a constaté qu’il existait bien peu de matériel reflétant réellement les expériences des jeunes élèves. « Dans le passé, certaines personnes créaient des livres », remarque-t-elle, « mais il n’y en a pas beaucoup, et nous avons senti qu’il fallait ajouter à ce que Kativik Ilisarniliriniq avait déjà. »

Entre 2018 et 2020, Vinnie a collaboré à la création de plusieurs nouveaux livres avec Catherine Dench, orthophoniste pour Kativik Ilisarniliriniq, ainsi qu’avec d’autres membres de l’équipe chargée du programme de langue maternelle. En 2020, huit livres d’Arvaaq Press ont également été adaptés en dialectes locaux et mis en ligne lorsque les écoles ont fermé en raison de la pandémie. Ces 50 nouveaux titres s’ajoutent à ces efforts antérieurs.

Des personnes enseignantes ont aussi dénoncé publiquement le manque de matériel de lecture en inuktitut. Dans une entrevue pour Le Devoir en 2023, Elizabeth Kudluk, enseignante de maternelle, explique que les enfants sont en train de perdre leur langue et se présentent à l’école avec de plus en plus de difficultés à s’exprimer pleinement en inuktitut.

Ce projet récent est issu de cette même réalité. Il s’ajoute aux efforts que les personnes enseignantes, les équipes pédagogiques et les autres membres du personnel au Nunavik mènent depuis des années déjà. Leur objectif : créer et adapter du matériel pédagogique pour les élèves.

Des livres qui rejoignent vraiment les enfants inuit

L’équipe de Kativik Ilisarniliriniq réfléchit aux manières de mieux soutenir la littératie en inuktitut dans toutes les communautés du Nunavik. Vinnie explique qu’une des solutions envisagées depuis longtemps est un programme de lecture avec des niveaux de difficulté gradués. Les personnes engagées dans cette réflexion ont aussi reconnu qu’un tel projet nécessiterait du temps, des ressources humaines et un travail de développement soutenu.

Au lieu d’attendre que tous ces éléments soient en place, le partenariat avec Arvaaq Press s’est amorcé pour répondre à une question plus pressante : quels livres existants pourraient être adaptés pour une utilisation en classe à l’échelle locale? Phoebe en a appris davantage sur la série Nunavummi d’Arvaaq Press après avoir contacté le ministère de l’Éducation du Nunavut afin de mieux comprendre son approche de la lecture graduée. Les livres Nunavummi ont été créés pour répondre aux exigences du Programme d’études du Nunavut. De là, une collection de 50 livres pour les élèves du Nunavik, de la maternelle au premier cycle du primaire, a commencé à prendre forme.

Vinnie a passé en revue les titres de la collection Nunavummi pour choisir ceux qui rejoindraient le plus les Nunavimmiut. Une idée simple a orienté sa démarche : les livres doivent représenter des aspects reconnaissables de la vie quotidienne et de l’environnement des enfants. Les livres n’ont pas été choisis simplement parce qu’ils existaient, mais bien parce qu’ils interpellent directement les enfants qui les lisent.

Lorsqu’on se voit dans le contenu que l’on consomme, cela nous aide à forger notre identité.

Phoebe Chang Agente de développement de la littératie, Administration générale

Adaptation en inuktitut pour les classes du Nunavik : un travail d’envergure

Une fois les livres choisis, un travail beaucoup plus minutieux s’est amorcé. Phoebe décrit cette collaboration comme une expérience d’apprentissage pour toutes les personnes qui y participent. Pour adapter les livres à la réalité du Nunavik, il a fallu revoir avec soin le texte, les éléments visuels et même la police de caractères. Il s’agissait ensuite d’apporter les modifications nécessaires pour donner aux livres un caractère naturel dans leur nouveau contexte. Avec ce genre de matériel pédagogique, il est également important de s’assurer que le contenu dans son ensemble correspond naturellement à la compréhension du monde des jeunes lecteurs et lectrices.

Au Nunavik, l’inuktitut varie d’une région à l’autre, chacune possédant ses propres façons d’exprimer certaines idées. Grâce à l’appui des préparateurs de programmes scolaires au sein de Kativik Ilisarniliriniq, les livres ont été adaptés pour tenir compte des différents dialectes. La police de caractères a également été remplacée par celle que nous utilisons habituellement pour enseigner les syllabiques en inuktitut.

Cette attention au contexte est importante. Dans L’école au Nunavik : un système unique au Québec, Alaku Kulula, directrice adjointe des services éducatifs, affirme : « On vit différemment ici. Dans notre environnement, il faut savoir reconnaître la neige pour aller sur le territoire, c’est une question de survie. » Cette collaboration n’a pas pour but de représenter à elle seule toute cette réalité. Elle contribue toutefois à rapprocher le matériel pédagogique de l’univers qui est familier aux élèves.

Des livres en inuktitut prêts à l’emploi en classe

Ce travail n’a jamais eu pour seul objet de produire des livres. Dès le départ, il a également impliqué une réflexion approfondie quant aux manières dont ces livres seraient utilisés en classe. Vinnie crée des fiches d’activités basées sur les thèmes et le vocabulaire dans chaque livre. En abordant des sujets comme les animaux, les couleurs ou la vie familiale, ces fiches ont pour but de doter le personnel enseignant d’outils clairs et simples à utiliser en classe, sans alourdir leur charge de travail.

J’ai tenté de choisir des livres pertinents pour les Nunavimmiut, des livres qui rejoindraient les enfants, avec des sujets propres à leurs vies et à leur environnement, qu’ils reconnaîtraient immédiatement.

Vinnie Baron Conseillère pédagogique, Services éducatifs

Phoebe et Vinnie envisagent aussi ce travail dans une perspective à long terme. Phoebe le voit comme une contribution aux efforts en cours pour donner plus de place au contenu issu du Nunavik, porté par ses histoires, auteurs et créateurs. Vinnie a également souligné l’importance de veiller à ce que le matériel de littératie demeure en phase avec les formats en ligne utilisés par les élèves.

Dans L’effritement de l’inuktitut chez les jeunes, Minnie Annahatak, alors coordonnatrice pour Kativik Ilisarniliriniq, suggère de porter attention aux types de contenus que les jeunes consomment sur les plateformes en ligne si l’on veut soutenir l’inuktitut aujourd’hui. Ainsi, ces livres font partie d’un effort collectif visant à préserver la langue dans les environnements où les enfants s’instruisent, grandissent et apprennent à lire.

Favoriser la littératie en inuktitut au Nunavik

La collaboration avec Arvaaq Press s’ajoute aux travaux déjà en cours dans les écoles du Nunavik. Ce projet poursuit les efforts menés depuis des années par les personnes enseignantes, les conseillères et conseillers pédagogiques ainsi que les autres membres du personnel, qui composent souvent avec peu de matériel et des réalités très particulières en classe. Dans un autre article du Devoir, Yasmine Charara, ancienne directrice adjointe des services éducatifs, décrit Kativik Ilisarniliriniq comme suit : « On est à la fois une commission scolaire, un ministère et une maison d’édition ».

Pourtant, la salle de classe demeure au cœur de cette histoire. Une collection de 50 livres est en cours d’adaptation pour les jeunes apprenantes et apprenants. Chaque volume a été choisi pour sa pertinence et conçu pour que les enfants du Nunavik s’y retrouvent aisément. Cette collection contribue à accroître la présence de matériel en inuktitut dans les classes. Elle offre davantage d’occasions aux élèves d’ouvrir un livre et d’y retrouver quelque chose de leur propre univers.

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